9 janvier 2026
Les séries, pour moi, c’est d’abord The Wire. J’ai aussi beaucoup regardé Le Bureau des légendes dans laquelle tout est réussi, la réalisation, le scénario super bien ficelé, les acteurs sont crédibles. Ce sont mes neveux qui m’ont poussé à regarder The Boys. C’est totalement déjanté. Cette histoire de super-héros complètement corrompus est d’une telle méchanceté que s’en est revigorant. Et c’est une critique tellement acerbe de la société américaine que s’en est jouissif.
Brad Pitt est monstrueux. Dans tous les films que j’ai vus, il me bluffe. Que ce soit dans Bullet Train, Once Upon a Time in Hollywood, Inglorious Bastard, Burn After Reading… Plus ça va, plus il m’éclate. Qu’une star de ce calibre affiche une telle dérision par rapport à sa propre image, c'est vraiment rare. Il est totalement décalé.
J’aime beaucoup le spectacle vivant, mais je ne sais pas pourquoi, je vais rarement en voir. Je suis donc allé voir Music Hall, une pièce de Jean-Luc Lagarce avec cette grande comédienne qu’est Catherine Hiegel. J’ai mis une dizaine de minutes à rentrer dans la pièce, et à la fin j’étais pratiquement en pleurs. C’est l’histoire d’une vieille chanteuse qui toute sa vie a chanté dans les cabarets, qui s’aperçoit que le temps passe et qu’elle doit maintenant s’occuper elle-même de son tabouret… J’ai été vraiment profondément touché.
Kelly Joe Phelps est un guitariste de blues connu d’un petit cercle d’amateurs. C’est un ancien bassiste de jazz dont les références sont John Coltrane et Ornette Coleman, et bien qu’il joue un folk-blues assez classique, j’ai l’impression que c’est une espèce de bluesman free qui va dans des endroits où les autres ne vont pas. Il faut absolument écouter ses albums en solo sur lesquels il va où… ça l’amène. C’est génial. J’aimerais faire quelque chose dans ce style, avec un guitariste et un batteur. Jouer autour du blues avec des accords simples. Pas de prise de tête. J’aimerais vraiment faire ça.
A l’époque du duo que je formais avec François Couturier, nous tournions beaucoup. Après un concert à Juan les Pins, je reçois un coup de fil de quelqu’un qui me dit être John McLaughlin. Bien sûr, je réponds que je suis Napoléon. Mais c’était vraiment John qui voulait jouer avec nous. Ça a été deux albums et deux ans de tournée à travers le monde. John est quelqu’un de très généreux qui te pousse à jouer pour de bon, pas juste à interpréter sa musique. C’est un mec qui m’a beaucoup touché et c'est un ami.
J’ai une immense admiration pour Jeff Beck parce que lui aussi était unique. J’ai joué avec beaucoup de guitaristes dont des gens comme John Scofield ou John McLaughlin que j’admire beaucoup, mais Jeff Beck est spécial. Déjà, il joue avec les doigts et pas avec un médiator, et l’usage qu’il fait de son vibrato est unique. Il a une façon de tirer sur les notes qui me touche beaucoup. J’ai choisi cet album pour quelques morceaux, dont son duo avec Stevie Wonder, ou “We ended as lovers”. C’est quand il est en dehors de la structure jazz-rock qu’il m'intéresse. Cette façon qu’il a de jouer avec les arrêts, les silences qui n’est pas du tout habituelle chez les rockers. Et en plus c’était un amoureux des vieilles voitures !
Ici, c’est Bach dans sa version la plus épurée, les sonates et partitas pour violon seul. Parmi toutes les versions qui existent, je suis attaché à celle d’Henryk Szeryng. Pour moi, cette musique c’est l’épure même. Je me suis aperçu que c’est ce que je recherchais. C’est comme une pyramide. À la base il y a beaucoup de notes, d’informations, et plus tu montes, plus ça se raréfie. Il ne reste que l’essentiel. Plus de frime, de virtuosité, il ne reste que ce qui est nécessaire à la musique.
Mon amour de Coltrane contredit exactement ce que j’ai dit sur Bach. C’est des milliards de notes à la fois mais, bizarrement, ça fait partie de la même recherche. Sur cette vidéo, les mecs jouent en plein air et dégagent tellement d’intensité qu’on voit la vapeur monter derrière eux ! Les gens sont assis par terre et n’en croient pas leurs yeux. J’aurais rêvé de voir Coltrane sur scène. J’ai joué vingt ans avec David Liebman, le fils spirituel de Coltrane, qui raconte comment à quinze ans, recroquevillé dans un coin du Village Vanguard, il découvre Coltrane sur scène. Dave dit que c'est ce qui a décidé de sa vie. Moi je ne l’ai pas vu, mais Coltrane, pour moi, ça existe tout le temps. A l’époque du quartet (Elvin Jones à la batterie, Jimmy Garrison à la contrebasse, McCoy Tyner piano) les mecs jouaient trois sets avec quatre titres ! On n’imagine pas ce que c’est aujourd’hui. Et Coltrane qui cherche, qui cherche… Coltrane fait partie de ces personnages qui ont décidé de ma vie.
J’ai découvert par hasard Robert Littell en cherchant, dans une librairie, Les Bienveillantes, le roman de son fils Jonathan (prix Goncourt 2006) !Koba, c’est l’histoire d’un môme, dans l’U.R.S.S. stalinienne, qui habite dans un immeuble dans lequel sont logés des apparatchiks. Et ce môme découvre un passage secret qui le conduit dans une pièce dans laquelle se trouve un vieux bonhomme. Et, bien que Robert Littell ne nous dise rien de lui, je pense que ce vieux Koba c’est Staline lui-même ! Quand on pense au père et au fils Littell, on se dit que c’est une sacrée famille. Comment font-ils pour inventer tout ça ? Comment font-ils pour ne pas perdre le fil, pour ne pas se noyer dans les détails historiques que n’importe quel lecteur peut aller vérifier ? C’est invraisemblable !
On ne sait pas grand-chose de DOA (pseudonyme pour Dead On Arrival) si ce ‘est qu’il a été parachutiste dans l’infanterie de marine quand il était jeune, ou qu’il a participé à l’écriture de quelques épisodes de la première saison de la série Braquo, une des premières séries ambitieuses françaises. Dans les quatre romans qui composent les cycles clandestins, on retrouve l’Afghanistan, des paramilitaires, la CIA, un trafic d’héroïne, des talibans, des journalistes… c’est incroyable. Et pourtant, cette avalanche de précisions n’étouffe jamais l’intrigue.
Là aussi, comme chez James Ellroy ou DOA, il y a les faits réels et les personnages historiques qui servent de trame, et toutes les couches de fiction que vient rajouter James Carlos Blake.
“James Carlos Blake se met dans la peau du plus fidèle et du plus irréductible compagnon de Pancho Villa, Rodolfo Fierro, pour narrer l'épopée de ces révolutionnaires à la fois idéalistes et cruels. A travers le récit de Fierro qui se lit comme le plus flamboyant des romans d'aventures, c'est l'histoire chaotique du Mexique au début du XXe siècle qui défile.”
“À mesure que les mesures se succèdent, ce trio nous révèle de façon presque subreptice ce qu’est la modernité : une somme de ce qui a précédé et un appel à effacer une dette en assumant l’inconnu. Hervé Sellin, Jean-Paul Celea et Daniel Humair ont une longue histoire cumulée : le métier d’accompagnateur, l’expérience de la musique classique et contemporaine, les projets casse-cou, l’enseignement au plus haut niveau, le service rendu à d’autre solistes, les projets en leader ou en nom collectif, la notoriété qui va et qui vient… En remettant dans la force de l’âge leur volumineux ouvrage sur le métier, que cherchent-ils, à supposer qu’ils le sachent eux-mêmes ? L’auditeur avance des hypothèses qui sautent aux oreilles : le plaisir de jouer, de laisser leurs instruments converser, de risquer le pas de côté, l’ivresse de la transgression.” François Lacharme
Affirmant sans cesse son goût pour les passerelles, Jean-Paul Celea avec son complice de longue date Wolfgang Reisinger et à leurs côtés, Emile Parisien dont la modernité et l'énergie s'inscrivent à merveille dans le prolongement de l'héritage ''coltranien'', ce trio revisite des compositions d'Ornette Coleman, dont l'invention mélodique et la flexibilité rythmique offrent aux musiciens une grande liberté d'exécution. Celea impose ici sa vision contrastée des univers d’Ornette Coleman : intense, lumineuse, épurée, avec toujours cet art consommé de l'immédiateté, qui le placent au premier rang des contrebassistes de la scène actuelle.